Chine : mise en service du premier datacenter sous-marin au monde alimenté par un parc éolien offshore
En mai, la Chine a mis en exploitation le premier datacenter sous-marin au monde alimenté par un parc éolien offshore. Cette infrastructure permettrait de réduire les besoins de l’intelligence artificielle en eau douce et en énergies fossiles. Fort de ses performances déclarées, elle représenterait une avancée majeure dans le déploiement de l’IA.
Si l’intelligence artificielle est une technologie prometteuse pour l’Humanité, elle suscite aussi des inquiétudes concernant son impact environnemental. En effet, ses besoins sont énormes, en énergie et en eau. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique mondiale des centres de données (qui accueillent les modèles d’IA) pourrait plus que doubler d’ici 2030 pour atteindre environ 945 térawattheures (TWH)., avec environ 80 milliards de kWh pour le refroidissement. Aussi, l’empreinte en eau bondira de 4 500 à 9 300 milliards de litres par an. C’est assez pour couvrir les besoins domestiques de base de 1,3 milliard de personnes en Afrique subsaharienne.
Un datacenter sous-marin connecté directement à un parc éolien offshore
Pour résoudre le problème, les pays du monde entier travaillent à trouver un meilleur moyen de réduire les besoins en énergie et en eau des datacenters et de l’IA. La Chine semble proche du but. Fin mai, elle a annoncé la mise en service d’un centre de données sous-marin (UDC) connecté directement à un parc éolien offshore, au large des côtes de de Lingang, dans la zone pilote de libre-échange de Shanghai. Contrairement au datacenter terrestre qui refroidit en évaporant de l’eau douce, cette infrastructure immergée utilise l’eau de mer comme dissipateur thermique naturel, ce qui réduit fortement le recours à des systèmes frigorifiques énergivores.
2 000 serveurs immergés via des câbles composites photoélectriques sous-marins
Ancrée à 10 mètres de profondeur, l’installation abrite près de 2 000 serveurs immergés via des câbles composites photoélectriques sous-marins. Pour fonctionner correctement, ces modules sous-marins sont positionnés à proximité des turbines d’un parc éolien offshore, celui de Lingang. Cette configuration permet de recevoir directement une grande partie des volumes d’énergie renouvelable produits localement. L’installation utilise également l’eau de mer comme source de refroidissement naturelle, grâce à un système d’échange thermique par tuyaux de cuivre en circulation.
Un gain de sobriété de 22,8 % et aucune emprise foncière
Le datacenter sous-marin de Lingang a une capacité initiale de 24 mégawatts (MW), suffisant pour alimenter environ 20 000 foyers. Il utilise plus de 95 % de l’électricité verte produite par le parc éolien, avec un gain de sobriété de 22,8 % par rapport à des infrastructures classiques comparables. Par ailleurs, l’efficacité énergétique (PUE) de l’infrastructure se maintient aux alentours de 1,15, ce qui la place parmi les meilleures performances du secteur, selon ses concepteurs. Ces derniers mettent en outre en avant le fait que le projet n’a aucune emprise foncière. Cet argument pèse énormément dans une mégapole comme Shanghai, où chaque hectare côtier se négocie au prix fort.
La Chine n’est pas le premier acteur à s’intéresser au datacenter sous-marin
L’initiative d’un datacenter en pleine mer représente une avancée technique majeure. Elle constitue aussi une solution écologique réconciliant divers enjeux, dont la puissance de calcul, l’énergie et l’espace géographique. Pour la Chine, c’est un grand pas vers une consommation énergétique durable. Aujourd’hui, le pays fait face à une forte demande en infrastructures informatiques à faible latence et haute densité, en raison de ses ambitions dans l’IA et de ses objectifs environnementaux. Toutefois, l’empire du milieu n’est pas le seul acteur à explorer l’idée d’un centre de données immergé, même s’il est le premier à avoir réussi à le faire. Avant lui, Microsoft avait lancé un projet similaire en 2018, sans résultats concrets.
