France : face à la contestation sociale, le gouvernement envisage une hausse anticipée du Smic
Confronté à la mobilisation des syndicats, le gouvernement de Sébastien Lecornu envisage de revaloriser le Smic avant l’échéance habituelle de janvier 2027. Une hausse supplémentaire pourrait également être accordée pour répondre aux revendications sur le pouvoir d’achat. Mais cette perspective suscite déjà des désaccords sur son ampleur et ses conséquences économiques.
Un cadeau de Noël avant l’heure ! Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a dit être ouvert à une anticipation de la revalorisation automatique du Smic au 1er décembre 2026, au lieu du 1er janvier 2027. Il a également évoqué un éventuel « coup de pouce » supplémentaire pour renforcer le pouvoir d’achat des Français. Aucune décision n’est toutefois arrêtée, le gouvernement cherchant encore un compromis entre les attentes des salariés et les préoccupations des entreprises.
Le gouvernement sous pression de la rue
Ces annonces constituent une réponse aux mobilisations qui secouent la France depuis plus d’un mois, à l’initiative des lycéens et des syndicats. Après la manifestation des fonctionnaires du 29 septembre et une nouvelle journée de protestation contre la vie chère le 31 octobre, les huit principales organisations syndicales de France appellent désormais à une grève générale ce 5 novembre. Elles réclament notamment des mesures sur les rémunérations, l’emploi, les services publics et l’industrie. La hausse des prix du carburant, du gaz et des produits du quotidien alimente le mécontentement des travailleurs, confrontés à des difficultés pour boucler leurs fins de mois.
Vers une hausse du Smic de 5 %, soit un peu plus de 20 euros nets par mois
Pour tenter de répondre aux revendications des travailleurs, Jean-Pierre Farandou a engagé des discussions avec les syndicats et le patronat sur une hausse anticipée du salaire minimum, actuellement fixé à environ 1 478 euros nets mensuels. Une revalorisation automatique d’environ 1 % est déjà attendue en janvier 2027. Elle pourrait intervenir dès le 1er décembre. Un coup de pouce de 0,5 point supplémentaire porterait l’augmentation à 1,5 %, soit un peu plus de 20 euros nets par mois. Le gouvernement s’est donné environ trois semaines pour avancer vers une décision.
Les entreprises mettent en gardent contre une augmentation importante du Smic
Mais cette perspective ne satisfait pas les syndicats, qui jugent insuffisante une hausse limitée. La CFDT réclame 100 euros nets supplémentaires par mois, tandis que la CGT demande environ 150 euros. La CFTC évoque, de son côté, une augmentation d’au moins 1,6 %. Dans le milieu politique, La France insoumise défend un Smic à 1 700 euros nets, tandis que le Parti communiste français avance le montant de 2 200 euros bruts.
Le patronat, lui, s’oppose à une augmentation importante, estimant qu’elle alourdirait le coût du travail et fragiliserait les entreprises, notamment les petites structures. Le Medef, en particulier, considère qu’une hausse viendrait s’ajouter aux charges liées aux mesures budgétaires prévues pour 2027. Pour sa part, l’Union des entreprises de proximité (U2P) évalue à 2,5 milliards d’euros par an le coût supplémentaire d’un coup de pouce.
Une « forte » hausse du Smic pourrait entraîner des suppressions d’emplois, selon le ministère du Travail et le patronat
Le ministre du Travail lui-même met en garde contre les effets sur l’emploi : selon lui, une hausse de 150 euros pourrait entraîner la suppression de 250 000 postes et alimenter l’inflation. Le Medef évoque une menace sur 200 000 emplois. D’autres critiques portent sur les limites d’une augmentation du seul salaire minimum. Dominique de Villepin juge ainsi qu’un Smic à 1 700 euros nets serait « illusoire » dans un contexte de faible croissance. L’ancien Premier ministre redoute une « trappe à bas salaires », dans laquelle les rémunérations immédiatement supérieures au minimum seraient fragilisées. Il préconise plutôt de relancer la croissance et de revoir les niches fiscales et sociales.
Des discussions attendues autour du 5 novembre
Les syndicats rétorquent qu’une hausse des bas salaires soutiendrait la consommation et l’activité économique. Le gouvernement doit désormais arbitrer entre des revendications sociales pressantes et les risques économiques avancés par les entreprises. Attendues d’ici vendredi, les prochaines discussions pourraient préciser l’ampleur du geste envisagé. Les manifestations annoncées ce jeudi par les syndicats pèseront assurément sur les décisions à prendre. On peut s’attendre à ce que la grève soit d’ampleur et qu’elle mette un maximum de pression sur l’exécutif.
