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Les adolescents se détournent du tabac pour la vap

D’après la dernière édition de l’enquête nationale Enclass, les jeunes consomment de moins en moins de cannabis et de tabac. En revanche, ils se tournent de plus en plus vers la vapoteuse et l’alcool. Des associations voient dans cette évolution, l’œuvre de l’industrie du tabac, qui promeut des alternatives pour compenser les pertes liées au rejet de la cigarette.

La dernière édition de l’enquête nationale en collèges et en lycées chez les adolescents sur la santé et les substances (Enclass), dirigée par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), a été publiée le mercredi 25 février 2026. Menée auprès de 12 000 collégiens et lycéens, elle montre que les jeunes Français consomment de moins en moins de substances psychoactives au fil du temps. Les niveaux d’usage sont en baisse en 2024 par rapport à l’enquête précédente, réalisée en 2022. Toutefois, si la consommation de tabac et de cannabis baisse, celle de la cigarette électronique et de l’alcool augmente en parallèle.

Le tabac en chute libre chez les adolescents français

Selon le rapport Enclass, le tabac continue d’être délaissé par les adolescents. Moins d’un collégien sur dix (7,7%) déclare avoir expérimenté la cigarette au cours de l’année 2024, contre 11,4% deux ans plus tôt. Chez les lycéens, la consommation des clopes diminue de 3,4 points, à 30,6 %.

« En près de quinze ans, l’expérimentation du tabac a été divisée par quatre chez les collégiens et par deux chez les lycéens, tandis que le tabagisme quotidien parmi ces derniers a été divisé par cinq. », ajoutent les auteurs du rapport. Comme le tabac, l’expérimentation du cannabis a également reculé chez les adolescents, passant de 22,5 % à 16,1 % en deux ans. Quant à la consommation régulière, elle concerne désormais 2% des adolescents.

Fumer la cigarette n’est plus aussi « cool » qu’avant

L’OFDT explique cette baisse continue de la consommation de tabac et de cannabis par le fait que ces produits sont davantage perçus comme dangereux pour la santé, y compris consommés de façon occasionnelle. Aussi, ils ne renverraient plus la même image.

Les adolescents les trouvent aujourd’hui ringards, voire « dégoûtants » et « gênants » à fumer. Ils ont désormais un penchant pour d’autres substances jugées plus « cools » et « inoffensives » comme le puff, dont les arômes plaisent beaucoup. La cigarette électronique attire aussi par son prix bas et son accessibilité. Depuis le 25 février 2025, elle est censée être interdite à la vente.

La consommation de l’alcool repart à la hausse

D’après l’étude de l’OFDT, 19% des collégiens et 25% des lycéens ont déjà testé la cigarette électronique. Chez les lycéens, l’usage quotidien a atteint 6,8 % en 2024, dépassant celui du tabac (5,6 %), alors qu’il n’était que de 3,8% en 2022. Pour ce qui concerne l’expérimentation de l’alcool, après une baisse continue entre 2010 et 2022, elle est repartie à la hausse entre 2022 et 2024. Ainsi, la moitié des collégiens et sept lycéens sur dix disent avoir déjà testé ce produit, contre plus de sept collégiens sur dix et neuf lycéens sur dix au début des années 2010.

L’industrie du tabac devient celle de la vapoteuse

Amine Benyamina, addictologue et président d’Addiction France, constate avec satisfaction qu’«il y a comme un mouvement de délaissement des produits qui font du mal à la santé en quelque sorte et tout ce qui est fumé devient un produit un peu repoussoir ». Toutefois, il dénonce « une forme d’initiation assez hypocrite qui amène les jeunes à consommer de la nicotine en ayant le sentiment de ne pas abîmer leur santé ».

Selon le chef du service de psychiatrie de l’hôpital Paul-Brousse, l’industrie du tabac est à l’origine de ce changement non mélioratif. Elle se serait transformée en industrie de la vap pour compenser les pertes sur la cigarette, et séduirait les jeunes grâce à un marketing très efficace.