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Venezuela : Chevron, pour le pire et pour le meilleur ?

Après le rapt de Nicolas Maduro samedi, Donald Trump a annoncé ouvrir le secteur pétrolier du Venezuela aux entreprises américaines. Chevron, déjà sur place depuis plusieurs années, sera certainement l’une des premières à profiter de la nouvelle situation. Mais il faudra d’abord que Washington stabilise le pays et investisse massivement dans les infrastructures pétrolières, endommagées par plusieurs décennies de négligence, de pillages et de sanctions.

Après plusieurs mois d’intimidation au large du Venezuela, avec le déploiement de navires de guerre et des frappes sur des bateaux supposés appartenir à des narcotrafiquants, les États-Unis ont fini par obtenir ce qu’ils voulaient tant : l’arrestation de Nicolas Maduro, accusé de narco-terrorisme par Washington. Dans la nuit du samedi 3 janvier, l’armée américaine a enlevé le président vénézuélien au cours d’une opération éclair, qui n’a duré que 30 minutes. Alors que le monde se demande encore comment les forces spéciales américaines s’y sont prises pour réaliser ce rapt sans une réaction vigoureuse de l’armée du Venezuela, la Maison Blanche n’a pas le temps de donner de plus amples explications. Il y a mieux : mettre rapidement la main sur le pétrole de ce pays.

Donald Trump ouvre le secteur pétrolier vénézuélien aux entreprises américaines

Dimanche, au cours d’une conférence de presse, Donald Trump a confirmé ses véritables intentions, cachées derrière la prétendue lutte contre le narcotrafic. Le président américain a annoncé que des entreprises US investiraient pour restaurer la production de brut dans ce pays d’Amérique du Sud, qu’il accuse d’avoir « volé le pétrole » des États-Unis après que ceux-ci ont massivement investi dans son secteur pétrolier. « Nous allons faire intervenir nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, qui vont investir des milliards de dollars, réparer l’infrastructure pétrolière gravement défaillante, et commencer à générer des revenus pour le pays », a déclaré le dirigeant républicain.

Chevron, seule compagnie américaine sur place

Son annonce constitue le coup d’envoi officiel du retour des entreprises pétrolières américaines au Venezuela, dans les prochains mois ou prochaines années. Ces compagnies avaient toutes quitté le pays à la fin des années 2000, sauf Chevron. En effet, entre 2006 et 2007, le président Hugo Chávez avait ordonné à tous les exploitants étrangers de convertir leurs projets en coentreprises détenues majoritairement par l’État, via le groupe national PDVSA, qui prendrait au moins 60 % du capital. ExxonMobil, ConocoPhillips et tous les autres groupes ont refusé les nouvelles conditions. À l’exception de Chevron, qui a accepté la renégociation et est restée au Venezuela tout au long de la présidence de Chávez et au-delà, alors que les États-Unis imposaient un embargo sur le pétrole et des sanctions de toutes sortes.

Chevron et les autres compagnies attendront la stabilisation du Venezuela et son retour dans le giron américain

Mais il n’est pas sûr que Chevron et les autres compagnies reviennent aussi rapidement car le régime n’est pas encore tombé malgré l’arrestation de Nicolas Maduro et son extradition aux États-Unis. La vice-présidente Delcy Rodriguez a été investie lundi par l’Assemblée nationale avec l’accord de l’Armée. Celle-ci est déterminée à défendre le Venezuela avec l’aide des milices chavistes.

Donald Trump menace de nouvelles frappes si la présidente intérimaire « ne fait pas ce qu’il faut », mais on s’achemine clairement vers le maintien provisoire du régime, le temps de nouvelles élections. Le président américain a déjà écarté l’intronisation de la Prix Nobel de la Paix 2025 Maria Corina Machado, qui rêvait d’être catapultée au pouvoir par Washington. D’où ses nombreux appels à renverser Nicolas Maduro.

Il faudra remettre à neuf les infrastructures pétrolières endommagées

Outre la stabilisation du pays, les États-Unis devraient aider les entreprises américaines à remettre à neuf les infrastructures pétrolières du Venezuela, endommagées par plusieurs décennies de négligence, de pillages et de sanctions économiques. Une fois ces obstacles levés, on pourrait assister à une véritable ruée vers l’or noir des compagnies américaines.

Et elles auraient fort à gagner car le Venezuela possède les plus importantes réserves de pétrole au monde (17%), loin devant l’Arabie Saoudite, l’Iran et l’Irak. Donald Trump menace aussi à présent l’Iran de déstabilisation, tandis que les États-Unis ont déjà mis la main sur les réservoirs irakiens depuis qu’ils ont éliminé Saddam Hussein et renversé son régime en 2003. Autant dire que Washington contrôlerait une bonne partie des ressources pétrolières du monde, de quoi conforter la domination du dollar…