Droits de douane : l’Europe veut taxer davantage les produits chinois

Face à la forte concurrence des produits chinois, le haut-commissaire au Plan Clément Beaune appelle ses homologues européens à instaurer 30 % de droits de douane supplémentaires. Sans cela, avertit-il, la production chinoise risque de tuer des secteurs autrefois forts en Europe, comme l’automobile et la chimie, et de provoquer des pertes d’emplois sur le Vieux Continent.
Pays pratiquement insignifiant au milieu du siècle dernier, la Chine est devenue en quelques décennies un acteur puissant, qui représente aujourd’hui 35 % de la production manufacturière mondiale, contre seulement 5 % pour l’Allemagne, locomotive économique de l’Europe. Aussi, le géant asiatique dégage des excédents commerciaux records, renforçant davantage son poids économique. Le plus inquiétant pour ses concurrents, c’est qu’il fabrique des produits de qualité équivalente pour des coûts 30 à 40 % plus bas que l’Europe.
Les produits chinois menacent la survie de l’industrie européenne
Cette performance inégalée et peut-être inégalable fait peser une forte pression sur l’industrie européenne, en particulier sur ses secteurs autrefois forts comme l’automobile et la chimie. Non seulement la production chinoise concurrence les marchés d’exportations, mais également menace le marché intérieur européen. Au point de poser la question de sa survie de l’industrie européenne elle-même.
Sur le Vieux continent, c’est carrément la panique. « La montée en puissance industrielle de la Chine constitue désormais un choc systémique pour l’économie européenne », a alerté lundi Clément Beaune, le haut-commissaire à la Stratégie et au Plan (HCSP), lors de la présentation d’un rapport évaluant l’ampleur du « choc chinois pour l’Europe ».
« La Chine produit désormais à qualité comparable avec des coûts sensiblement inférieurs »
Inquiet, Clément Beaune appelle à la mobilisation générale. Selon lui, « l’Europe ne peut pas rester une puissance industrielle quand la Chine produit désormais à qualité comparable avec des coûts sensiblement inférieurs ». À ses yeux, la production chinoise représente clairement une « menace vitale » pour de « larges pans de l’appareil productif européen ».
Le rapport le confirme d’ailleurs. Il indique que près d’un quart des exportations européennes sont aujourd’hui exposées à une concurrence chinoise critique, tandis que 55% de la production manufacturière européenne sera menacée à moyen terme sur le marché intérieur, si les tendances actuelles se prolongent. Cette menace, qui toucherait désormais le cœur des bastions industriels, serait particulièrement forte en Slovaquie, Tchéquie, Allemagne, Slovénie, Irlande, Hongrie et Italie.
Un processus de désindustrialisation accélérée en Europe
Le rapport s’inquiète particulièrement pour la production automobile, secteur dans lequel la montée en puissance des constructeurs chinois représente une « menace existentielle ». Ce rouleau compresseur chinois est d’autant plus pesant qu’il laisse dans son sillage des milliers de licenciements. « Depuis 2023, l’industrie allemande a perdu 240.000 emplois, soit 10.000 par mois », a relevé Clément Beaune.
Pour le haut-commissaire, il est clair que « ces pertes (d’emploi) ne relèvent plus de restructurations conjoncturelles, mais d’un processus de désindustrialisation accélérée, lié aux difficultés structurelles de l’industrie européenne et à l’intensification de la concurrence internationale sur les secteurs clés ». Pour la France, la menace chinoise se concentrerait prioritairement sur des secteurs à forte intensité d’intrants industriels et chimiques (batteries, plastiques, caoutchouc, chimie), ainsi que des secteurs à forts volumes d’exportation comme l’automobile. « Un quart des exportations françaises apparaît directement menacé par la concurrence chinoise. », se désole Clément Beaune.
Taxer davantage les produits chinois
Pour sauver l’industrie « en danger de mort », Clément Beaune plaide en faveur de l’instauration de droits de douane de 30% sur tous les produits chinois ou une dépréciation de 20% à 30% de l’euro par rapport au renminbi (aussi appelé yuan, la monnaie chinoise). Le haut-commissaire estime que « les instruments actuels de défense commerciale, bien qu’utiles, apparaissent structurellement insuffisants » face à un différentiel de coûts de 30% à 40%.
Aussi, Clément Beaune croit que miser uniquement sur la compétitivité ne suffirait pas à éviter une désindustrialisation douloureuse de l’Europe. C’est pourquoi il appelle ses collègues à taxer davantage les produits chinois. Cette stratégie rappelle la politique tarifaire de Donald Trump, qui évoque pour sa part un déséquilibre commercial avec la planète entière, en particulier avec la Chine et l’Union européenne.





































