socialune

Grève : la fin de l’exception Leboncoin

Réunis en intersyndicale, les salariés de Leboncoin ont lancé mercredi la première grève de l’histoire de l’entreprise. Ils dénoncent de nombreuses réorganisations, la réduction du télétravail et une baisse des effectifs, depuis le rachat, en mai 2024, de la société-mère de la plateforme par les fonds américain Blackstone et britannique Permira. Ce mouvement social vise à pousser la direction à rouvrir des discussions sur l’organisation du travail, les conditions de travail et l’avenir des équipes.

C’est une première pour l’entreprise. Le mercredi 17 mars, les salariés de Leboncoin réunis en intersyndicale (CFDT-CGT-Solidaires Informatiques) ont lancé une grève pour dénoncer une série de décisions qui fragiliseraient durablement l’organisation du travail, ainsi qu’une réduction drastique du télétravail. Un rassemblement a été organisé devant le siège de la plateforme dans le centre de Paris.

La fin du télétravail 

Pour comprendre cette grève, petit retour sur l’histoire récente de Leboncoin. Fondée en 2006 par l’entreprise norvégienne Adevinta, spécialisée dans les petites annonces, la société est passée en mai 2024 sous la houlette des fonds américain Blackstone et britannique Permira.

Ce changement d’actionnariat a constitué un tournant dans la politique managériale selon certains salariés et l’intersyndicale à la tête du mouvement social. Il a mis fin au télétravail dont bénéficiaient les employés depuis le Covid. Un seul jour de présentiel par semaine était imposé aux 1500 collaborateurs du groupe.

Leboncoin demande à ses employés de revenir au bureau trois fois par semaine 

Maintenant, on demande aux salariés de revenir au bureau, à raison de trois jours par semaine. Or certains avaient fait des choix de vie en cohérence avec cette flexibilité. Comme cet employé qui s’est installé en Bretagne avec  femme et enfants. Avec la nouvelle politique, il lui faudra revenir à Paris certainement. D’après les syndicats, le retour au bureau vise à provoquer des départs ou des licenciements de télévendeurs. Mais le travail à distance n’est pas le seul problème.

Des risques psychosociaux au sein de l’entreprise

Les grévistes pointent aussi des salaires trop faibles, alors que Leboncoin fait des bénéfices toujours croissants. Si l’entreprise ne dévoile plus son chiffre d’affaires depuis qu’Adevinta a quitté la Bourse d’Oslo, les syndicats estiment à 550 millions d’euros le chiffre d’affaires du site, pour une marge nette comprise entre 10 et 15 %.

Parmi les autres revendications figurent le recours accru à des prestataires extérieurs pouvant aboutir à une diminution des effectifs internes, une transformation du rythme de travail avec une hausse de la charge de travail dans plusieurs services, ainsi que la montée des risques psychosociaux au sein de l’entreprise.

Leboncoin défend ses mesures 

Par ailleurs, les syndicats dénoncent l’utilisation d’outils permettant de mesurer l’activité de certaines équipes, notamment dans les services commerciaux. Ils jugent ces dispositifs trop intrusifs et estiment qu’ils entretiennent une pression permanente. En faisant la grève, les salariés espèrent contraindre la direction à rouvrir des discussions sur l’organisation du travail, les conditions de travail et l’avenir des équipes.

Mais la direction du site de petites annonces défend ses mesures, en particulier son modèle « hybride ». Leboncoin explique aussi devoir adapter « régulièrement son organisation afin de rester aligné avec ses priorités stratégiques et les dynamiques du marché ». C’est donc à qui pliera le premier.