Messages antisémites : une affaire sans conséquences pour Jordan Bardella ?
Jordan Bardella pourra-t-il s’en sortir ? Le site d’investigation Mediapart, qui a publié lundi des messages antisémites datant de 2013 qu’il attribue au jeune leader, a divulgué jeudi des captures d’écran de ces messages, authentifiés via Meta et un huissier. Mais le président du RN continue de nier catégoriquement les faits et a même engagé une riposte judiciaire. Alors que la polémique enfle et que le parti d’extrême droite redoute un effet négatif sur la présidentielle de 2027, les sondages le maintiennent en tête des intentions de vote.
Une grosse pierre à contre-sens sur la longue pente de la dédiabolisation du Rassemblement national (RN). Mediapart a révélé jeudi avoir pu authentifier, via la maison-mère de Facebook Meta et un huissier, les messages antisémites datant de 2013 attribués au président du RN Jordan Bardella. Le site d’investigation a publié des captures d’écran d’une conversation Messenger dont l’interlocuteur aurait demandé l’extraction à Meta. Selon le média, l’authentification permet de dater les échanges et d’établir qu’ils n’ont pas été modifiés a posteriori.
Jordan Bardella pris la main dans le sac ?
Plusieurs éléments biographiques mentionnés dans la conversation, comme la naissance en Italie de la mère de Bardella, une interview accordée au Parisien en 2013 ou son échec au concours de Sciences Po, sont également avancés pour confirmer l’identité de l’utilisateur. Le président du RN continue pourtant de nier être l’auteur des messages en question. Il dénonce des « montages grossiers » et des captures « manipulables », qui « ne tiendront pas une seconde devant un tribunal ». Le député européen de 31 ans a même chargé son avocat de déposer plainte pour « faux et usage de faux », en plus de sa plainte en diffamation.
« Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler »
Cette affaire a été déclenchée lundi 28 septembre avec la publication par Mediapart de messages privés datant de 2013 à 2015, période durant laquelle Jordan Bardella débutait sa carrière politique au Front national (ex nom du Rassemblement national). Le site d’investigation attribue au jeune leader d’extrême droite des propos antisémites visant les Juifs, les banques et le sionisme, ainsi que des déclarations favorables à certaines analyses de l’essayiste et polémiste Alain Soral. Jordan Bardella aurait notamment écrit ceci : « Les banques sont toutes détenues par des Juifs »; « Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur ».
Marine Le Pen prend la défense de Jordan Bardella
Sitôt les messages révélés, le concerné a immédiatement et « formellement » contesté en être l’auteur. Dans une publication sur X, Jordan Bardella a signalé « l’accusation la plus ignoble » et accusé Mediapart de mener une campagne « déloyale, injuste et mensongère ». Il a également annoncé son intention de porter plainte pour diffamation. Sans surprise, Marine Le Pen, sa « marraine » et candidate du RN pour l’élection présidentielle de 2027, a elle aussi rejeté les accusations, les qualifiant de « dinguerie », de « faux » et de « barbouzerie », lors d’une conférence de presse donnée mardi.
Pour les oppositions, le RN restera un parti d’extrême droite profondément antisémite
Quelles que soient les dénégations, cette affaire jette le doute sur la transformation du Rassemblement national et sa stratégie de « dédiabolisation », destinée à rendre son image plus acceptable auprès d’un électorat élargi. Pour les oppositions, il n’y a aucun doute : le RN restera un parti d’extrême droite profondément antisémite. Bernard-Henri Lévy a déclaré jeudi sur France Inter que les révélations ne le surprenaient pas. « J’ai toujours pensé que cette histoire de dédiabolisation, c’est du bidon », a-t-il affirmé.
Le philosophe a toutefois distingué la possibilité d’une évolution personnelle et l’effacement politique d’un passé. « On peut avoir été antisémite et ne plus l’être », a-t-il soutenu. Mais cette rupture supposerait, selon lui, « un travail sur soi », une compréhension de l’erreur et un cheminement individuel. Est-ce le cas pour Jordan Bardella, promis au poste de Premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen à la présidentielle d’avril 2027 ?
La montée en puissance du RN résiste à la polémique
Si les interrogations se multiplient, la controverse ne semble pas entamer la montée en puissance du RN dans l’opinion nationale. Le baromètre Elabe, publié le jeudi 1er octobre, place Jordan Bardella à 37 % d’intentions de vote, avec 17 % de jugements « très positifs ». Chez les électeurs d’extrême droite, il recueille même 90 % d’opinions favorables, un niveau inchangé par rapport au mois précédent. Une enquête Verian, réalisée en partie après ses premières dénégations, le plaçait également en tête des personnalités auxquelles les Français accordent leur confiance, avec 40 % des avis. À ce stade donc, les messages antisémites n’ont aucun effet sur la popularité du poulain de Marine Le Pen.
La plainte en diffamation de Jordan Bardella soumise à un délai de prescription de trois mois
Si les opinions sont arrêtées depuis longtemps, le sort de Jordan Bardella et du RN pourrait se jouer sur le terrain judiciaire. Ils ont besoin de convaincre hors extrême droite pour ne pas se casser à nouveau les dents sur un front républicain (union entre gauche, centre et Macroniste) au second tour. Pour l’heure, la plainte en diffamation de Bardella est soumise à un délai de prescription de trois mois.
Dans cette période, Mediapart pourrait tenter d’établir devant la justice l’authenticité des documents publiés. Pour le RN, l’enjeu sera désormais de produire des éléments permettant de soutenir sa contestation et de maintenir une défense cohérente. La capacité du parti à répondre aux interrogations sur son évolution et à éviter que cette affaire ne ravive durablement son passé constituera un enjeu important à l’approche de 2027.
