Ukraine : Mykhaïlo Fedorov se pose en alternative à Volodymyr Zelensky
Mykhaïlo Fedorov, ex-ministre de la Défense ukrainien limogé en juillet, a appelé mardi 18 août à des élections en Ukraine pour « restaurer le processus démocratique dans le pays ». Jusqu’alors aucune personnalité politique n’avait fait une telle déclaration, compte tenu principalement du code électoral qui interdit des scrutins en temps de guerre. Volodymyr Zelensky ne devrait certainement pas goûter à cette sortie, lui qui veut rester à son poste jusqu’à la libération sans horizon de son pays.
Dans une vidéo d’une dizaine de minutes publiée mardi 18 août sur YouTube, Mykhaïlo Fedorov, ex-ministre de la Défense ukrainienne, a appelé à des élections en Ukraine pour « restaurer le processus démocratique dans le pays ». C’est un vrai pavé dans la marre car, jusqu’alors, personne en Ukraine n’avait osé faire une telle déclaration dans un conteste de conflit avec le voisin russe. « Si la guerre se prolonge pendant un an, deux ans ou trois ans, la Russie peut-elle, de fait, s’arroger le droit de décider quand les Ukrainiens pourront à nouveau choisir leur gouvernement ? », a-t-il interrogé. Et de répondre : « non ».
La loi martiale interdit des scrutins en temps de guerre
Celui qui a été limogé en juillet dernier par Volodymyr Zelensky fait valoir que des élections c’est bon pour « un État européen libre. ». Mais est-ce possible actuellement d’organiser un scrutin présidentiel en Ukraine ? La loi de 2015 sur le régime juridique de la loi martiale et le code électoral de 2019 interdisent toute élection nationale dans un régime d’exception, comme lorsque le pays est attaqué ou occupé.
C’est le cas depuis février 2022, avec l’invasion russe. C’est pourquoi Volodymyr Zelensky, qui a été élu en 2019 et dont le mandat a expiré en mai 2025, reste en poste à ce jour. Même sous pression de Donald Trump, le président ukrainien refuse d’organiser de nouveaux scrutins au nom de ce code électoral.
Mykhaïlo Fedorov pense qu’une élection peut se tenir dans le contexte actuel
Mais jusqu’à quand va-t-il s’arc-bouter sur cette disposition juridique, alors que la vie politique doit continuer ? La loi n’est-elle pas faite pour être modifiée ou adaptée aux nouvelles situations ? Mykhaïlo Fedorov pense, lui, qu’une élection peut se tenir dans le contexte actuel et qu’elle doit même se tenir face à la contestation qui monte.
En effet, Volodymyr Zelensky a perdu son état de grâce. Il est de plus en plus critiqué. En juillet 2025, la population était même descendue dans la rue pour protester contre sa tentative de réduire l’indépendance de deux institutions anticorruption. Des personnalités de son entourage sont régulièrement cités dans des affaires de corruption. Difficile de croire que lui-même est blanc comme neige avec autant d’affaires autour de lui.
Des Ukrainiens ont manifesté contre son limogeage en juillet
Pour beaucoup d’Ukrainiens, s’unir autour de Zelensky n’est plus l’unique solution. Ils estiment que l’Ukraine peut continuer à se battre tout autant avec un nouveau leader. Et ce dernier pourrait être Mykhaïlo Fedorov. Des Ukrainiens ont manifesté mi-juillet à Kiev contre son limogeage du ministère de la Défense, après qu’il a modernisé l’armée ukrainienne avec notamment sa stratégie axée sur les drones, qui font actuellement très mal à la Russie et à son secteur énergétique. C’est sans doute ce soutien qui le motive à franchir le pas et à viser la présidence. C’est son droit, comme celui de tout Ukrainien.
Mykhaïlo Fedorov pourrait-il être accusé de faire le jeu de Moscou ?
Mykhaïlo Fedorov pense qu’on peut modifier la loi et organiser des élections dans les territoires sous contrôle ukrainien après avoir obtenu un cessez-le-feu avec la Russie (certainement sous médiation des Etats-Unis). Avant cela, il faudra reconstruire les fichiers électoraux et réorganiser les instances électorales. C’est possible avec le temps. Quant aux Ukrainiens de l’étranger, ils pourraient voter depuis leur nouveau pays de résidence.
C’est donc une question de volonté. Mais tout le monde souhaite-t-il des élections en Ukraine ? Volodymyr Zelensky et ses soutiens (parrains ?) de Bruxelles accepteront-ils de mettre à l’épreuve la démocratie qui manque tant à la Russie ? Pas si sûr…Il faut d’ailleurs craindre un prochain « Mykhaïlo Fedorov bashing », qui pourrait être traité de pion de Moscou par certains alliés du pouvoir actuel de Kiev.
