Emploi des jeunes : des propositions du Medef irritent les syndicats

Dans un document distribué la semaine dernière lors d’une réunion des partenaires sociaux, le Medef fait plusieurs propositions pour améliorer l’emploi des jeunes. Il suggère notamment de mettre en place un CDI résiliable sans motif durant les premières années. Cette mesure est dénoncée par les syndicats, qui y voient le retour du CPE (contrat première embauche) de 2006.
Dans des documents remis mercredi 28 janvier aux syndicats, le Medef fait plusieurs propositions pour améliorer l’emploi des jeunes. L’organisation patronale a notamment annoncé la création d’un CDI pouvant être rompu sans motif pendant les premières années. Cette mesure est dénoncée par les syndicats et des partis politiques, qui y voient un risque de précarisation. Elle leur rappel le CPE, mis en échec par la mobilisation de la jeunesse il y a 20 ans.
Un CPE bis ?
Créé en 2006 par le Premier ministre Dominique de Villepin, le Contrat Première Embauche (CPE) visait à réduire le chômage des jeunes, qui touchait alors 24% de cette part de la population. Ce dispositif laissait la possibilité aux entreprises d’allonger à deux ans la période d’essai d’un jeune, et donc leur donnait le pouvoir le licencier sans motif durant ce laps de temps.
Bien qu’adopté par le parlement, sous contrainte de l’article 49-3, il n’a jamais pu entrer en vigueur à cause d’une mobilisation historique qui a poussé le gouvernement à le supprimer. Lors des débats sur le sujet il y a vingt ans, le Medef affichait pourtant une certaine circonspection vis-à-vis de cette mesure. La présidente de l’organisation à l’époque, Laurence Parisot, avait pointé « un risque de dévalorisation », sans pour autant s’opposer véritablement à cette idée très contestée.
Le Medef s’inspire du modèle italien
Dans sa nouvelle proposition, le Medef ne cite pas le CPE comme le modèle de son CDI jeunes résiliable sans motifs. Le patronat invite plutôt à s’inspirer de l’exemple italien du contrat à droits progressifs. Créé par une loi de 2015, ce dispositif a contribué à améliorer la situation des jeunes de 18 à 25 ans en faisant passer le taux de chômage de cette catégorie de la population de 39,3% en 2016 à 20,5% en décembre 2025. Le Medef souhaite reproduire cette dynamique en France, où 18,1% des jeunes sont aujourd’hui au chômage. Mais les syndicats estiment que ce mécanisme reproduit les pires logiques capitalistes et néolibérales et institutionnalise davantage l’insécurité de l’emploi des jeunes.
Les syndicats refusent ce CDI et appellent à la mobilisation
Samedi 31 janvier, le syndicat étudiant Unef a dénoncé un « nouveau CPE déguisé », qui ferait de la jeunesse une « variable d’ajustement économique ». Selon lui, cette mesure « inacceptable » vise « à créer une génération de jeunes travailleurs précaires, corvéables à merci, sans droits ni protections ». Face au projet du Medef, l’Unef demande aux organisations syndicales « de refuser catégoriquement toute négociation sur ces bases et aux forces politiques progressistes de s’(y) opposer fermement ». Aussi, elle appelle « l’ensemble de la jeunesse, étudiante et travailleuse, à se mobiliser massivement » « si le gouvernement et le patronat tentent d’imposer ces attaques inacceptables, comme en 2006 ».
Un ballon d’essai envoyé par le Medef aux syndicats ?
Pour sa part, la CGT a qualifié les mesures du Medef de « déclaration de guerre » faite « aux jeunes et aux salariés ». Le puissant syndicat a prévenu qu’il refuserait « catégoriquement de s’engager dans toute négociation » qui comporterait « ces éléments ». De son côté, la CFDT, première organisation syndicale en termes de nombre d’adhérents en France, ne souhaite pas considérer avec trop d’importance la proposition du Medef. Elle considère cette mesure comme un essai du patronat avant les négociations annuelles entre les partenaires sociaux. « Le Medef envoie des notes, des informations : (…) c’est sûrement pour tester des réactions politiques, syndicales… Ce n’est pas un hasard que ça arrive maintenant », croit le syndicat. La CFDT a peut-être raison, puisque le Medef a assuré qu’il ne s’agissait pour l’heure que de « propositions pour nourrir le débat »…





































