EasyJet : Moody’s place sous surveillance négative les notes du transporteur
Moody’s a annoncé avoir placé sous surveillance avec implication négative la note d’émetteur à long terme Baa2 d’EasyJet, à la suite de l’annonce du rachat de la compagnie aérienne par le fonds d’investissement Apollo. L’agence prévoit que le projet de fusion entraînera une « détérioration matérielle » du profil de crédit du transporteur à bas coûts. Celui-ci a accepté une offre de rachat de 5,7 milliards de livres sterling, mettant fin à une bataille d’enchères de plusieurs semaines entre Apollo et Castlelake.
Après des semaines de compétition acharnée entre les fonds américains Castlelake et Apollo Global Management, EasyJet a accepté lundi une offre de rachat de 5,7 milliards de livres sterling (6,7 milliards d’euros) du second investisseur, qui offrait plus. L’offre d’acquisition d’Apollo, émise via Eagle Bidco, impliquait une valeur de 7,15 livres sterling par action en espèces, contre 6,90 livres pour le rival.
Apollo acquiert près de 50% du capital d’EasyJet
L’accord permet à Apollo de prendre jusqu’à 49,9 % du capital d’EasyJet afin de se conformer à la réglementation européenne. Celle-ci exige une participation majoritaire européenne dans les compagnies aériennes opérant au sein de l’Union. Quant à la famille Stelios Haji-Ioannou, fondatrice du transporteur à bas coût, elle détient environ 15 % des actions. Elle se dit satisfaite de l’opération, qui serait profitable à EasyJet. Cotée à Londres, la société britannique a également une entité basée à Vienne (créée après le Brexit), détenant la licence européenne.
Apollo vante une bonne opération pour les deux parties
Apollo, qui dit suivre EasyJet depuis des années, affirme pour sa part que la compagnie aérienne anglaise est l’une des entreprises les plus attrayantes du secteur de l’aviation mondiale. Le gestionnaire d’actifs met en avant son vaste réseau et ses opérations sur des marchés clés. Il pointe aussi la croissance de son activité de voyages à forfait et les progrès réalisés par l’équipe de direction dans la diversification de son modèle économique. Selon lui, l’actionnariat privé fournira un accès au capital et permettra à la direction d’investir avec plus de flexibilité et de saisir des opportunités plus rapidement qu’avec des investisseurs publics.
Moody’s craint un alourdissement de la dette du transporteur
Malgré ces arguments, Moody’s a placé la notation Baa2 d’EasyJet sous surveillance, soulignant l’incertitude qui plane sur la structure financière future de la compagnie aérienne. L’agence de notation juge que cette opération marque une rupture nette avec l’approche financière traditionnellement prudente de la société. Aussi, elle avertit que les opérations de privatisation et la prise de contrôle par des investisseurs financiers privés s’accompagnent généralement d’un alourdissement de la dette. Moody’s craint que cette transaction n’entraîne une dégradation du classement, une hausse des tarifs et des réductions du réseau de lignes, même si Apollo promet soutenir la stratégie actuelle de l’entreprise.
Les dépenses d’investissement d’EasyJet devraient grimper de manière substantielle dans les prochaines années
Moody’s considère l’opération d’autant plus critique que le rachat intervient à un moment sensible du cycle d’investissement d’EasyJet. En effet, les dépenses d’investissement du transporteur doivent grimper de manière substantielle, passant de 1,2 milliard de livres sterling pour l’exercice 2025 (clos le 30 septembre) à plus de 3 milliards de livres d’ici l’exercice 2028.
L’agence estime par ailleurs que l’investissement dans des avions plus économes en carburant permettra à terme de réaliser des économies, mais que les bénéfices ne seront pas immédiats. Enfin, elle prévoit que le résultat d’exploitation chute à 200 millions de livres sterling cette année en raison des prix élevés du carburant liés à la guerre en Iran.
