Brésil : pourquoi les marchés boursiers ont-ils plongé après la victoire de Lula ?
La réélection de Luiz Inácio Lula da Silva, le dimanche 25 octobre 2026, a provoqué une violente réaction des marchés financiers brésiliens. Dès le lendemain, la Bourse de São Paulo a dévissé, tandis que le réal reculait fortement face au dollar. Cette chute s’explique par plusieurs facteurs, dont la surprise du résultat électoral et les inquiétudes des investisseurs concernant les dépenses publiques.
Contre toute attente, Luiz Inácio Lula da Silva a remporté, le dimanche 25 octobre, l’élection présidentielle brésilienne à l’issue du second tour. Après avoir été devancé lors du premier tour et donné en ballotage défavorable par les sondages, le président sortant de gauche a obtenu 51,79% des voix, contre 48,21% pour le candidat d’extrême droite Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien chef d’État Jair Bolsonaro. Cette victoire surprise a été saluée dans le monde entier, notamment par les dirigeants et les ONG environnementales ou de droits humains. Mais dans le milieu financier, elle suscité des inquiétudes et des appréhensions, voire de la panique.
Plongée de la Bourse brésilienne après l’élection de Lula
Au lendemain du scrutin, le lundi 26 octobre, l’indice Ibovespa, principal baromètre de la Bourse brésilienne, a perdu près de 14 % à la clôture, après avoir chuté de plus de 17 % en ouverture de séance. Au cours de celle-ci, les échanges ont été suspendus pendant trente minutes après le déclenchement d’un mécanisme de sécurité destiné à limiter les mouvements brutaux.
Le réal, la monnaie brésilienne, a chuté de 12% face au dollar, s’établissant autour de 5,57 à 5,60 réaux pour un dollar, l’un des niveaux les plus bas depuis décembre 2025. De leurs côtés, les obligations publiques perdaient de leur valeur. Ainsi, le rendement de l’obligation d’État brésilienne à 10 ans a bondi pour atteindre environ 15,6 %, son plus haut niveau depuis une décennie. Quant au Trésor brésilien, il a dû annuler plusieurs adjudications de titres prévues dans les prochains jours.
Avec Flávio Bolsonaro, les investisseurs espéraient une politique économique plus favorable aux entreprises
Pour comprendre cette débâcle, il faut revenir au premier tour de l’élection présidentielle. Flávio Bolsonaro, candidat conservateur et fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, était arrivé en tête. Les marchés avaient alors anticipé sa victoire au second tour, d’autant que tous les sondages le donnaient vainqueur. Mais c’était sans compter avec les millions de Brésiliens qui n’avaient pas voté au premier tour (plus de 33 millions selon les chiffres officiels). Avec Flávio Bolsonaro, dirigeant ultra-capitaliste, les investisseurs espéraient une politique économique plus favorable aux entreprises et une plus grande maîtrise des dépenses de l’État.
La victoire surprise de Lula a contraint les marchés à revoir leurs prévisions
Cette perspective avait soutenu les actions brésiliennes et renforcé les anticipations d’une amélioration des finances publiques. Malheureusement pour les marchés boursiers, Lula a renversé la table et finalement remporté le scrutin. Ce résultat a contraint les investisseurs à revoir rapidement leurs positions. Les ventes massives d’actions et d’obligations traduisent en conséquent la déception d’une partie des opérateurs, qui avaient misé sur une alternance politique.
De plus, l’incertitude autour des résultats a pesé sur les marchés car elle a renforcé les interrogations sur la stabilité institutionnelle du pays. Flávio Bolsonaro avait contesté le déroulement du scrutin dans un premier temps et annoncé vouloir saisir la justice. Mais son parti a fini par reconnaitre sa défaite.
La dette publique et le déficit budgétaire inquiètent
Au-delà de la surprise électorale, les investisseurs redoutent surtout les conséquences économiques du programme de Lula. La dette publique brésilienne dépasse 82 % du produit intérieur brut, tandis que le déficit budgétaire, intérêts compris, excède 9 % du PIB. Une part importante des dépenses de l’État est par ailleurs difficile à réduire, ce qui limite les marges de manœuvre du gouvernement.
Or le président entend poursuivre sa politique sociale, notamment en renforçant les aides aux ménages modestes. Son programme prévoit toutefois des investissements dans les infrastructures, une politique de réindustrialisation et des mesures destinées à soutenir le pouvoir d’achat. Les marchés craignent néanmoins que ces engagements ne creusent davantage le déficit si leur financement n’est pas clairement défini.
Une croissance économique moins importante en 2026 et en 2027 par rapport aux années précédentes
Pour les investisseurs, l’enjeu est d’autant plus important que l’économie brésilienne ralentit. Après une croissance soutenue ces dernières années (2,3% notamment en 2025), l’activité devrait progresser plus modestement en 2026 (entre 1,8% et 2,2%) et en 2027 (entre 1,4% et 1,8% en 2027, selon la Banque mondiale et le FMI), tandis que l’inflation reste préoccupante (4,58% en septembre 2026, selon l’indice officiel IPCA).
Le taux directeur de la banque centrale, le Selic, demeure élevé, à 13,75 %, ce qui renchérit les crédits pour les ménages, les entreprises et l’État. Une dette plus coûteuse risque d’alourdir encore les finances publiques. L’équipe de Lula vise un excédent budgétaire d’environ 1,3 % du PIB d’ici à 2030. Cependant, les investisseurs attendent des engagements précis sur les dépenses et les recettes permettant d’atteindre cet objectif.
Lula devra rétablir la confiance avec une trajectoire budgétaire crédible
Notons que la chute des marchés et le pessimisme des marchés ne signifient pas que l’économie brésilienne est condamnée à se dégrader dans les prochains mois. Le pays dispose d’importants atouts agricoles, énergétiques et miniers, susceptibles de soutenir son activité et ses exportations. Toutefois, le rétablissement de la confiance dépendra de la capacité du gouvernement de Lula à présenter une trajectoire budgétaire crédible.
Les réformes à engager devront surtout obtenir l’aval de l’opposition, en particulier du Parti libéral de Flávio Bolsonaro, qui dispose de 121 sièges sur 513 à la Chambre des députés et de 28 sénateurs sur 81. Mais le sénateur conservateur a quitté le Brésil ce mercredi pour se réfugier aux États-Unis de son allié Donald Trump.
