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Transmission d’entreprises : désormais une « grande cause économique nationale »

Le gouvernement a annoncé cette semaine un plan pour faciliter la transmission d’entreprises en France. Et pour cause. Dans la prochaine décennie, plus de 500 000 chefs d’entreprises devraient partir à la retraite. Ce départ pourrait constituer une énorme perte en compétences et même potentiellement au niveau des emplois. Il faut donc agir dès maintenant pour sauver les savoir-faire et les métiers.

Evoqué depuis quelques années, le grand départ à la retraite de la génération du baby-boom n’aura pas qu’un impact sur les finances publiques, avec des millions de pensions à verser chaque mois alors que la population active diminue. Il pourrait aussi menacer l’existence même de nombreuses entreprises, patiemment développées depuis la fin de la fin de la seconde guerre mondiale.

Un patron sur quatre en France a aujourd’hui plus de 60 ans

Selon la Banque publique d’investissement (BPI), un patron sur quatre en France a aujourd’hui plus de 60 ans. Bientôt, ces chefs d’entreprises partiront à la retraite et devront transmettre leurs sociétés aux plus jeunes pour ne pas qu’elles disparaissent. Mais la succession n’est pas toujours simple. Elle peut prendre du temps, jusqu’à 3 ans, en raison des démarches administratives et des appels pour trouver un repreneur. Et même quand la transition a lieu en famille, elle reste souvent compliquée. Dans ce conteste, le gouvernement a décidé d’agir pour ne pas perdre des structures essentielles pour le tissu économique national.

La transmission d’entreprises, « une grande cause économique nationale »

Mercredi 1er mars, le ministre en charge des PME, Serge Papin, a promis que l’Etat va faciliter les transmissions d’entreprises, notamment aux salariés, et faire de ce sujet « une grande cause économique nationale ». Sur le réseau social X, il a rappelé que plus de « 500 000 chefs d’entreprise partiront à la retraite dans les 10 prochaines années » et que « cela représente autant d’entreprises et concerne plus de 3 millions de salariés ». Dès lors, dit-il, « nous avons un objectif qui s’impose : que ces entreprises perdurent et donc soient reprises, dans de bonnes conditions ».

Une réunion prévue à Bercy le 23 avril avec « le monde économique et des chefs d’entreprises concernés »

Pour Serge Papin, « ce n’est pas qu’une question d’emplois mais aussi de préservation des savoir-faire, d’activité dans nos villes et dans nos campagnes et plus généralement de souveraineté ». Le ministre chargé des PME appelle donc à la mobilisation générale autour de cette grande cause économique nationale. Il annonce déjà une réunion au ministère de l’Économie et des Finances le 23 avril avec « le monde économique et des chefs d’entreprises concernés ». Selon BPI France, 310 000 TPE, 58 000 PME et 1 200 ETI pourraient être concernées par une transmission à l’horizon 2030. Un grand chamboulement se prépare donc, qu’il faut anticiper.

Un « Dutreil salarié » pour faciliter la transmission d’entreprises

Pour résoudre les problèmes de la transmission d’entreprises, Serge Papin a déjà évoqué la possibilité de créer une sorte de « Dutreil salarié », c’est-à-dire un dispositif facilitant financièrement la reprise par les salariés. Mais il n’a pas apporté plus de détails. L’ancien PDG du groupement coopératif Système U s’inspire du Pacte Dutreil, qui permet aux enfants d’un entrepreneur de reprendre l’entreprise familiale avec un abattement de 75% sur les droits de transmission. Cette niche fiscale est critiquée par les députés, car elle coûterait quatre milliards d’euros et même à 5,5 milliards d’après la Cour des comptes. Malgré cette opposition, le ministre des PME dit vouloir « se battre » pour pérenniser ce dispositif fiscal.