Dette publique : le taux d’emprunt de la France à 10 ans a atteint un sommet
Le taux d’emprunt de la France à 10 ans a atteint 4 % le jeudi 23 juillet, une première depuis la fin de la grande crise financière de juin 2009. Ce taux correspond au rendement exigé par les investisseurs pour prêter à l’Hexagone pendant une décennie. Son seuil actuellement s’explique notamment par des craintes sur l’inflation et le risque politique.
Le rendement des obligations françaises à 10 ans a atteint 4,06% le jeudi 23 juillet 2026. C’est la première fois, depuis la grande crise financière de juin 2009, qu’il dépasse ce seuil. Ce taux d’emprunt correspond au pourcentage d’intérêt exigé par les investisseurs pour prêter à l’Etat pendant une décennie. Plus il est élevé, plus la facture monte pour les finances publiques. Sa hausse record de jeudi est une conséquence directe des inquiétudes liées à la guerre au Moyen-Orient, mais aussi des craintes sur l’inflation et du risque politique intérieur.
Le taux d’emprunt pose la question du coût des intérêts de la dette publique de la France
« Ce mouvement reflète à la fois les tensions inflationnistes liées à l’énergie, les anticipations de politique monétaire européenne et une prime de risque politique et budgétaire propre à la France », souligne John Plassard, associé et responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion.
L’analyste note qu’« heureusement, la France ne refinance pas l’intégralité de sa dette chaque année, ce qui signifie qu’un passage de l’OAT (obligations assimilables au Trésor) à 4% » n’aura « pas d’effet instantané sur la totalité de la charge d’intérêts ». Cependant, le seuil symbolique de 4% pose bel et bien la question du coût des intérêts de la dette publique de la France, qui se situe au niveau record de 117% du produit intérieur brut (PIB), à plus de 3.500 milliards d’euros.
Sébastien Lecornu pas « très optimiste » sur le respect des objectifs en matière de dette et de déficit public pour 2026 et 2027
La « charge » de la dette, autrement dit les intérêts versés aux créanciers, est aujourd’hui le premier poste dans le budget de l’État, devant l’Éducation (hors pensions). Elle devrait atteindre 64 milliards d’euros cette année et pourrait augmenter jusqu’à 100 milliards d’euros, selon le ministre de l’Économie Roland Lescure.
Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan estime qu’il faudra un effort de près de 140 milliards d’euros sur cinq ans pour réduire le poids de la dette. Mais le Premier ministre Sébastien Lecornu a dit ne pas être « très optimiste » sur le respect des objectifs en matière de dette et de déficit public pour 2026 et 2027, alors que le gouvernement prévoit un déficit à 5% du PIB cette année, après 5,1% en 2025.
La BCE scrute le taux d’emprunt de la France et d’autres pays de l’UE
Notons que la dette de la France est détenue par des investisseurs étrangers et des acteurs financiers ou publics nationaux. Fin 2025, près de 56% des créanciers étaient des « non-résidents » fiscaux, contre 50,1% en décembre 2022, d’après l’Agence France-Trésor (AFT), service de Bercy chargé de l’émission des obligations françaises.
Du côté des nationaux, les compagnies d’assurance détenaient 9,6% de la dette, les banques 10,5%, les organismes de placement collectif ou OPCVM 1,8% et une nébuleuse d’autres créanciers en possédaient 22,2%. La BCE scrute attentivement les taux obligataires de la France et d’autres pays de l’UE. En septembre, elle pourrait réviser ses taux directeurs, déjà relevés en juin à 2,25 % pour la facilité de dépôt, 2,40 % pour le refinancement et 2,65 % pour la facilité de prêt marginal.
