Cryptomonnaies : la Russie ouvre son marché aux BTC, ETH et SOL

Depuis l’invasion de l’Ukraine, la Russie fait face à des sanctions économiques diverses qui perturbent ses flux financiers. Pour contourner l’isolement du réseau SWIFT, elle se tourne de plus en plus vers les cryptomonnaies, des devises hors du contrôle du système bancaire international. Moscou vient d’annoncer une série de mesures visant à faciliter l’adoption des BTC, ETH et SOL.
Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, la Russie croule sous le poids des sanctions financières occidentales. Les canaux traditionnels tels que le système bancaire SWIFT sont devenus plus risqués, voire, inaccessibles. Elle est donc contrainte de trouver d’autres voies pour ses transferts de fonds à travers le monde. Et il n’y a pas meilleur moyen que les cryptomonnaies, des actifs qui fonctionnent sur Internet indépendamment des banques centrales.
La Russie adopte un projet de loi pour mieux réglementer les cryptomonnaies
Depuis quatre ans, la Russie met en place une série de mesures pour faciliter l’émission de ces devises décentralisées. Un véritable paradoxe pour un pays qui aime tout contrôler. Mais il y a nécessité, voire urgence. Pour mieux réglementer les transactions, toutefois, Moscou vient d’approuver un projet de loi instaurant des conditions quelque peu drastiques. Ce texte ne vise pas à ouvrir les vannes, mais à construire une écluse, sous la supervision de la Banque centrale de Russie (BCR). Celle-ci aura la charge, à partir de juillet 2026, de sélectionner les actifs numériques qui seront autorisés à circuler dans le pays.
En 2025, les cryptomonnaies ont beaucoup aidé la Russie à atténuer les sanctions occidentales
Le projet de loi exclut de facto la quasi-totalité des altcoins spéculatifs au profit des mastodontes du secteur, en particulier les stablecoins cotés. Ces devises numériques auraient joué un rôle central dans le contournement des sanctions occidentales en 2025, l’USDT (ou Tether) s’imposant comme le principal moyen des paiements transfrontaliers de la Russie.
Selon le nouveau projet de loi, pour être éligible au marché russe, une cryptomonnaie doit avoir une capitalisation boursière moyenne supérieure à 5 000 milliards de roubles (environ 60 milliards de dollars) sur les deux ans précédant son admission. Elle doit aussi afficher un volume d’échange quotidien d’au moins 1 000 milliards de roubles (environ 12 milliards de dollars).
Seuls BTC, ETH, SOL ou encore l’USDT remplissent les conditions
Aussi, le projet de loi impose aux actifs candidats de présenter un historique de transactions prouvé, incluant les cours de clôture publiés officiellement, sur une période d’au moins cinq ans. Dans ces conditions, les experts estiment que seuls le Bitcoin (BTC), Ethereum (ETH) et potentiellement Solana (SOL) ou les principaux stablecoins comme l’USDT peuvent actuellement prétendre à intégrer le marché russe réglementé.
Les autorités monétaires russes prévoient d’octroyer des licences aux plateformes cryptos retenues, et d’interdire celles qui enfreindront la loi par la suite. Elles souhaitent se servir de l’infrastructure financière existante pour traiter les transactions. Il s’agit principalement des banques, des courtiers et des bourses, dont certains proposent déjà des produits dérivés en cryptomonnaies.
La Russie veut capter une manne financière qui lui échappe totalement
En formalisant les cryptomonnaies, la Russie veut d’abord capter une manne financière qui lui échappe totalement. En effet, les traders russes pairaient environ 15 milliards de dollars par an en commissions à des plateformes étrangères comme Bybit ou OKX pour effectuer leurs transactions.
La nouvelle loi permettra de rapatrier ces frais vers des acteurs nationaux (comme la Bourse de Moscou) et de fiscaliser un marché gris estimé à plus de 10 000 milliards de roubles (environ 104 milliards de dollars) de transactions annuelles. Dans le même temps, l’élite russe pourrait se servir de BTC et des autres stablecoins (SOL, ETH) comme des outils de réserve, stockés dans des dépositaires agréés par l’État.
Attention aux sanctions de l’UE
Pour les plateformes européennes qui rejoindraient ce marché, il y a des risques de conformité (KYC). Elles pourraient s’exposer à des sanctions légales, financières et de réputation, pour manquement à l’identification, à la vérification et à la surveillance de leurs clients. Par exemple à un gel préventif de leurs comptes si des fonds ont été identifiés comme provenant d’adresses situées en Russie, en vertu des paquets de sanctions de l’UE.
Par ailleurs, il faut craindre les réactions de l’OFAC, le Bureau américain du contrôle des avoirs étrangers. En effet, toute annonce de cet organisme (dépendant du Trésor américain) visant les nouvelles infrastructures d’échange russes pourrait provoquer une vente massive et irrationnelle d’actifs financiers (panic sell) à court terme sur le marché global par crainte de contagion.




































