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Au procès libyen en appel, Nicolas Sarkozy joue la carte de l’innocence et de la vérité

Interrogé à la barre ce mardi 7 avril dans le procès en appel du financement libyen, Nicolas Sarkozy a brandi « la vérité » de son innocence pour répondre à la « souffrance » des parties civiles. L’ex chef d’Etat français est soupçonné d’avoir laissé ses collaborateurs négocier le financement de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007 avec un haut dignitaire libyen condamné à perpétuité pour un attentat commis en 1989. Il a désormais deux jours pour convaincre les magistrats de la cour d’appel de Paris.

Nicolas Sarkozy de nouveau à la barre. L’ancien chef d’Etat français a été interrogé ce mardi 7 avril par les magistrats de la cour d’appel de Paris dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007 (sa seule et unique élection). Sûr de son fait, il a promis de répondre à « la souffrance » des familles de victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA par « la vérité » de son innocence dans ce dossier ouvert le 19 avril 2013 et qui devrait se refermer le 3 juin prochain avec la fin du procès en cours.

Des contacts avec un haut dignitaire libyen condamné à perpétuité pour un attentat terroriste commis en 1989

La justice française soupçonne Nicolas Sarkozy d’avoir notamment laissé ses plus proches collaborateurs négocier fin 2005 le financement de sa campagne présidentielle de 2007 avec Abdallah Senoussi, un haut dignitaire libyen condamné à perpétuité pour avoir commandité l’attentat du DC-10 d’UTA en 1989, qui avait coûté la vie à 170 personnes, dont 54 Français. Le tribunal considère que la levée du mandat d’arrêt de cet homme de main de Mouammar Kadaffi était l’une des contreparties au versement de fonds libyens pour soutenir les ambitions politiques du candidat de l’UMP.

Nicolas Sarkozy, premier chef d’État français de la Ve République à avoir fait la prison

Nicolas Sarkozy a toujours nié ce fait. Ce qui n’a pas empêché sa condamnation en première instance à cinq ans d’emprisonnement ferme pour association de malfaiteurs, en septembre 2025. Incarcéré trois semaines à la prison de la Santé à partir du 21 octobre dernier, il est le premier chef d’État français de la Ve République à avoir été placé derrière les barreaux. A l’audience de mardi, les parties civiles ont manifesté leur colère contre la réaction de l’ancien chef d’Etat après sa condamnation. Celui-ci a dit comprendre le ressentiment des proches des victimes du DC-10 d’UTA. « J’aurais eu la même colère, le même chagrin », a-t-il dit en propos liminaire de son interrogatoire.

Nicolas Sarkozy choisit la sobriété dans les propos cette fois

Nicolas Sarkozy a soutenu qu’il est « impossible d’avoir une réponse à la hauteur des souffrances qui ont été exprimées » dans cette affaire. « En dire trop c’est de la comédie, en dire pas assez c’est être insensible. », a ajouté le successeur de Jacques Chirac à l’Elysée. S’il s’était montré très bavard et agité lors du premier procès mi-mars, l’ex champion de la droite a choisi cette fois la sobriété dans les propos comme s’il ne voulait pas fâcher davantage les victimes. Ce qui ne l’empêche pas de se présenter en victime lui-même. « On ne répare pas une souffrance par une injustice : je suis innocent », a-t-il prétendu, sous les yeux de son épouse Carla Bruni-Sarkozy, venue pour la première fois à l’audience depuis l’ouverture du procès mi-mars.

Les autres accusés restent sur leurs précédentes versions des faits

Neuf autres personnes sont impliquées dans cette affaire, dont l’ex chef de cabinet Brice Hortefeux et Thierry Gaubert, qui ont également répondu aux questions des juges avant Nicolas Sarkozy. Durant son audition, Thierry Gaubert a une nouvelle fois juré que les 440.000 euros déposés sur son compte aux Bahamas étaient un cadeau de Ziad Takieddine à un autre ami pour la rénovation de sa maison.

Quant à Brice Hortefeux, il a prétendu qu’il ne savait pas qu’il allait rencontrer le terroriste Abdallah Senoussi en Libye, et qu’il a été piégé par M. Takieddine, décédé le 23 septembre 2025. Eric Woerth, le trésorier de Nicolas Sarkozy à l’époque, assure que les quelque 35.000 euros en espèces qui ont circulé lors de la campagne présidentielle de 2007 provenaient de généreux donateurs anonymes, et non de fonds libyens. Son ex patron a désormais deux jours pour convaincre les magistrats.