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Andorre-France : démantèlement d’un important réseau de trafic de cigarettes

Les gendarmes français ont annoncé cette semaine le démantèlement d’un important réseau de trafic de cigarettes entre les Pyrénées-Orientales et l’Andorre, grâce à une vaste opération menée pendant plusieurs mois en coordination avec leurs collègues andorrans. L’enquête a permis de mettre en lumière l’exploitation de migrants par les trafiquants, qui leur faisaient porter sur le dos la marchandise pour traverser la frontière. Treize personnes ont été interpellées, dont sept en France.

Après plusieurs mois d’enquête, les gendarmes français et andorrans ont annoncé cette semaine le démantèlement d’un important réseau de trafic de cigarettes entre la France et l’Andorre. Plusieurs tonnes de cigarettes de contrebande ont transité entre la principauté et les Pyrénées-Orientales, pour un préjudice estimé à plusieurs millions d’euros. Au total 13 personnes ont été interpellées, dont sept en Hexagone et six en Andorre.

Deux convois par semaine pour aller s’approvisionner en cigarettes en Andorre

Selon les éléments d’enquête, ce réseau de contrebande international était géré par une famille basée à Perpignan. Ce clan organisait à distance un à deux convois par semaine pour aller s’approvisionner en cigarettes au Pas-de-la-Case (Andorre). Sur place, grâce à des complices locaux, les trafiquants se fournissaient directement auprès d’une société de distribution andorrane, dont plusieurs milliers de cartouches étaient destinées au trafic de contrebande. Entre 500 et 1 000 cartouches étaient transportées lors de chaque voyage.

Les contrebandiers utilisaient des migrants pour transporter la marchandise sur le dos à la frontière

Une fois les cigarettes récupérées, les contrebandiers utilisaient des migrants pour transporter la marchandise sur le dos et traverser la frontière. Ce trafic se doublait donc d’une exploitation de personnes démunies. À leur arrivée en France, les trafiquants chargeaient les cartouches dans des voitures, qui fournissaient ensuite les épiceries de nuit dans tout le grand sud de la France, de Marseille à Toulouse. Ce commerce illicite a duré près de deux ans, entre fin 2024 et février 2026. Selon le procureur de Perpignan, Jérôme Bourrier, il représente « un enjeu local important », générant des « profits conséquents ».

Le prix de revente multiplié par quatre par rapport au prix d’achat

Jérôme Portes, du Groupement interministériel de recherche (GIR) de Montpellier, qui a participé à l’enquête, précise que les trafiquants « faisaient des bénéfices énormes, le prix de revente étant multiplié par quatre par rapport au prix d’achat ». Le major ajoute que ce trafic « a généré plusieurs tonnes de cigarettes importées depuis l’Andorre à des tarifs défiant toute concurrence et une revente sur tout le sud de la France ». Après le démantèlement du réseau, le procureur Jérôme Bourrier salue une « première » liée à une coopération inédite entre la France et Andorre, entre l’été 2025 et février 2026.

Paris et Andorre-la-Vieille ont signé en 2018 une lettre d’intention de coopération bilatérale

Les investigations ont été menées conjointement par des enquêteurs français du GIR de Montpellier, de la Brigade de recherche de Prades et par des agents de l’Office de lutte contre l’immigration clandestine (Oltim 66) de Perpignan. C’est la première fois qu’une telle coopération a lieu impliquant l’Andorre, un pays qui ne fait pas partie de l’Union européenne. Paris et Andorre-la-Vieille avaient déjà signé en 2018 une lettre d’intention de coopération bilatérale pour améliorer la lutte contre la contrebande de cigarettes, prévoyant notamment des patrouilles communes de douaniers.

Emmanuel Macron en Andorre fin avril dernier

Dirigé par deux co-princes que sont le président de la République française et l’évêque d’Urgell en Catalogne (Espagne), l’Andorre est un micro-Etat d’environ 85 000 habitants enclavé dans les Pyrénées. Son économie dépend largement du tourisme. La principauté est surtout connue pour l’absence de taxes, rendant de nombreux produits bon marché, dont l’alcool et les cigarettes.

Les cigarettes rapportent à Andorre 110 millions d’euros par an pour des recettes totales de 425 millions d’euros. Emmanuel Macron a effectué une visite protocolaire dans ce petit territoire les 27 et 28 avril dernier, au titre de co-prince, après son premier déplacement en 2019. Le chef de l’Etat français s’est bien gardé de parler de trafic de tabac et d’alcool.