Emploi : la fonction publique ne fait plus rêver

Selon un baromètre de la CFDT, un quart des agents publics envisage de quitter la fonction publique, malgré un fort attachement à ce secteur. Ils déplorent des rémunérations trop faibles par rapport au privé (53 % des répondants), des conditions de travail dégradées (44 %) et un manque de reconnaissance (33 %). Ils font des propositions pour maintenir l’attractivité des services publics.
Secteur essentiel au bon fonctionnement d’un Etat, la fonction publique rassemble des services clés comme les hôpitaux, les établissements scolaires, les administrations, la distribution de l’eau, la gestion des déchets, les transports ou encore les voiries. Si elle attirait de nombreux actifs il y a quelques décennies, elle ne fait plus rêver aujourd’hui. C’est ce qu’indique la deuxième édition du baromètre du travail de la fonction publique de la CFDT, publiée à la veille du 1er mai (30 avril).
La fonction publique source de lassitude et d’inquiétudes
Selon ce sondage réalisé en janvier dernier auprès de 1000 agents de la fonction publique, 44 % des fonctionnaires sont inquiets pour leur avenir, 36 % lassés et 32 % rencontrent des difficultés. Les enseignants sont les plus nombreux à exprimer leur mal-être (55 % se disent inquiets, 48 % lassés et 26 % se déclarent même « en colère ») et à avoir moins d’attentes ou d’espoirs (25%). Les agents territoriaux, eux, ont un état d’esprit plus positif (34% disent avoir de l’espoir, contre 28% pour les agents des hôpitaux).
Manque de moyens humains, financiers et matériels
Près d’un tiers des agents publics assure « ne pas se sentir bien au travail » à cause notamment du manque de moyens humains (76 %), financiers (65 %) ou matériels (59 %, avec un sommet à 67 % dans la fonction publique hospitalière ou FPH). Ils dénoncent également des agressions verbales (35 % des répondants, 50 % parmi les enseignants) ou physiques (20 % des sondés, 29 % dans la FPH). Sans surprise, cette triste vie professionnelle impacte négativement la vie personnelle : 23% des personnes interrogées déclarent rencontrer des difficultés à articuler les deux (29% dans la fonction publique hospitalière).
La fonction publique jugée plus attractive que le privé au niveau des perspectives de carrière
Conséquence, les agents publics trouvent aujourd’hui leur domaine moins attractif que le privé. Ils sont 67% à considérer que le secteur privé est mieux loti au niveau des rémunérations. Cependant, concernant les perspectives de carrière, la moitié (50%) juge le public plus intéressant, moins les professionnels de santé (38 %). Idem au niveau du temps de travail : 36 % estiment que la fonction publique est plus avantageuse sur ce point, contre 19% la jugeant désavantageuse. Les agents publics dénoncent en outre une montée du « fonctionnaire-bashing ». Sept fonctionnaires sur dix pensent que les discours politiques et médiatiques dévalorisent leur métier (un taux qui atteint 88 % parmi les enseignants).
Les agents veulent partir, mais restent attachés à la fonction publique
Pour toutes ces raisons, près d’un quart des agents de la fonction publique (24%) déclarent envisager de quitter leur poste dans les prochaines années. Principalement pour des raisons salariales (53%), des conditions de travail dégradées (44%) et un manque de reconnaissance (33 %). Plus que désabusés, ils sont même 40 % à déclarer qu’ils « n’encourageraient pas leurs proches à rejoindre la fonction publique ». Malgré tout, ils restent très attachés à leur métier. En effet, les agents publics se disent beaucoup « fiers de travailler dans leur administration » (70 %), trouvent du sens dans leur travail (74%) et s’y sentent bien (66%). C’est pour cela qu’ils réclament des changements.
Une meilleure reconnaissance et une meilleure rémunération
À la question de savoir ce qu’il faut pour améliorer leur travail aujourd’hui, 40 % des agents répondent « une meilleure reconnaissance », à égalité avec « de meilleures conditions de travail ». Ils souhaitent aussi et surtout un meilleur salaire à la hauteur de leurs missions (pour 80% d’entre eux) et davantage de possibilité d’avancement (70%). La CFDT appelle pour sa part à une « révolution des pratiques managériales dans les fonctions publiques », pour les rendre moins verticales et davantage portées sur la qualité du travail et du service rendu. « Les employeurs publics doivent rapidement prendre leurs responsabilités et cesser de penser que le très fort attachement des agents à leur travail et à leur mission suffit, et suffira encore longtemps, à faire fonctionner les services publics ! », avertit le syndicat.



































